vendredi 23 juin 2017

Urgence Bouna, Urgence PATRIMOINE



Face à l’azur marin et, en son dos, les monts de chêne liège et chêne zen de l’Edough et Séraidi, la mosquée de Sayydi Abou Merouane fut édifiée au haut de la médina de Annaba (cité des jujubiers) entre le XIème et le XII ème siècles après JC…
Sur la trentaine de riches lieux de culte et d’enseignement musulmans que contenaient les remparts de la cité en 1830, Abou Merouane est le seul a réchapper en partie aux destructions systématiques de la conquête coloniale en devenant un hôpital militaire jusqu’en 1946…


Face à l’angle des murs des entrées principales de cet hôpital qui redeviendra la mosquée, fut construite plus tard par l’administration française une école de formation professionnelle pour filles à façade de style néo-arabe…





A cette hauteur de la médina, en descendant vers « la Place d’Armes » (où un détachement de l’armée montait chaque matin le drapeau français au son du clairon et salut des officiers en selle sur leurs chevaux…) l’on peut voir au-delà de pitoyables ruines une haute construction de verre du 21 ème siècle…



L’hôtel Sheraton


LA MAISON LARGUECHE

Dar Larguèche, comme on l’appelle,  est située dans l’actuelle rue Merabet Messaoud (ex Castiglione) du quartier El ‘Aqba à la médina. (On disait à l’ancienne époque que pour être un ‘annabi véritable, il fallait avoir sa maison au quartier résidentiel  El ‘Aqba et posséder un jardin au Mellas, sur les contreforts de l’Edough. A la manière de certains casbadjis d’Alger : maison à Bab Ejdid et jardin à Bouzeréah…)



d'après son acte de propriété établi après 1830, cette maison avait appartenu à l’état major turc. Avec la conquête des armées coloniales elle deviendra la propriété d’un certain Celestin Bourgouin (maire, dont une rue de la ville porte le nom) qui l’a vendue à un algérien nommé Bourokba, lequel l’a ensuite revendue en 1869 à l’arrière-arrière grand père de monsieur Mostefa Kamel Larguèche qui nous guide dans cette visite du berceau de sa famille depuis cinq générations… 


Notre hôte s’aidant d’estampes et de plans explique que cette maison fut d’abord celle d’un notable civil ou militaire avant l’invasion coloniale;  que sa riche architecture avec ses arcs aussi bien constructifs que décoratifs soutenus par des colonnes de différents styles permet de déterminer qu’elle disposait d’un poste de garde et d’une écurie au-delà le mur de la maison principale et son ouast ed-dar harmonieusement ouvert sur le ciel



Le poste de garde (avec un préposé à la fois garde et huissier richement habillé) assurait le lien entre l’extérieur et l’intérieur de la maison qui passait par la traditionnelle sqifa (avec d’un coté une porte sur la rue et de l’autre une porte ouvrant sur la cour intérieure) ; après ce passage, les gens de qualité étaient reçus dans la pièce principale du premier étage dotée d’un bahou, une alcôve. Au rez-de-chaussée, en sus de la mtabkha (cuisine) avec ses jarres et son four, l’écurie servait aux chevaux et voitures hippomobiles afin de sortir des remparts de la médina vers les marchés, les champs de travaux agricoles et leurs fermes ou voyager vers d’autres agglomérations.


Un des plans reconstitués de la médina avec les différents lieux de culte originels, 
les édifices, les souks et les hammams, les ruelles et les impasses, 
la ligne des remparts et les portes de la cité avec,
en haut, 
la plate forme dominant de ses tours le port, la baie, l’horizon marin …



Etat de la pièce principale à l’étage, avec le bahou du fond et, au premier plan,
la cheminée installée en 1900 en même temps qu’on refit les menuiseries, les revêtements, 
les terrasses et les rambardes de fer forgé de cette maison dont notre hôte estime 
que l’existence remonte à plus de trois siècles d’âge …





ZELIDJS, FAIENCES ET MARBRES



D’après le compte de notre guide si les carreaux de faïence qui décorent richement la maison sont de mêmes dimensions, ils relèvent en fait de plus d’une cinquantaine de dessins différents rassemblés par groupe formant des tableaux afin, dit-il, de rompre la monotonie. « Ces zelidj, leur histoire d’une façon générale est soit d’origine tunisienne (de Nabeul, à population d’origine andalouse à qui, par le Bey de Tunis,  fut octroyé la grande production de ce matériau de qualité), soit italienne soit un peu hollandaise »…









Vu de la terrasse, le ouast-ed-dar, sous lequel se trouve le puits d’eau potable ainsi que la citerne de récupération  par gravité des eaux de pluie, servant aux besoins quotidiens comme aux festivités explique Mustafa Kamel Largueche. Alors que dans la vie courante cet espace sert à laver le linge, où à préparer les conserves de l’année, dit-il, lors des festivités le ouast ed-dar est couvert de tapis. Cette maison de cinq pièces pouvait abriter confortablement la vie d’une quinzaine de personnes…



Mostefa Larguèche y est né, y a vécu et est allé à l’école Victor Hugo aux limites de la médina… La maison n’est plus occupée depuis 20ans environs. Les derniers occupants, les cousines de notre guide, la quittèrent  quand la maison donna ses signes de déclin… Mostefa Larguèche pris en charge la réfection de l’étanchéité des terrasses faisant savoir à la famille que cela donnerait un répit juste de quelques années. Aujourd’hui il faudrait refaire tous les supports des terrasses…. Quelques jeunes architectes furent bien envoyés par les pouvoirs publics prendre note de l’état de ce joyau d’architecture mais sans plus de continuité, sans plus de résultat. Un ambassadeur d’une grande nation européenne visita la maison et en fut à la fois émerveillé et étonné. Une manifestation culturelle fut même organisée dans l’enceinte de la maison pour sensibiliser à la nécessité de travaux de restauration spécialisés, mais…

VU ET… VUES DE LA TERRASSE…





Photos et propos recueillis de Abderrahmane Djelfaoui

mardi 6 juin 2017

En mémoire de Hamid Nacer-Khodja : « La profonde terre du verbe aimer »



C’était le samedi 06 juin 2015, vers 10 heures du matin.
Comme à son habitude à son arrivée de Djelfa, Hamid Nacer-Khodja ramenait avec lui du pain sans sel et des croissants afin que nous puissions prendre un petit déjeuner avec Nadia Sebkhi au siège de sa revue LIVRESCQ à la cité Garidi sur les hauteurs d’Alger.
Il prenait à chaque fois un taxi-places à l’aurore pour, au bout de quatre heures de traversée de la steppe, des hauts plateaux puis de l’Atlas blidéen, il puisse être au rendez vous..

Avec son inchangeable petit Nokia il avertissait de son arrivée (vers 8 heures 30) à Cote rouge où on le récupérait avant qu’au petit salon de la revue il puisse enfin souffler un peu en s’allongeant sur un fauteuil, y adoucir son mal de rein…


Là, à l’égal d’un rituel qui durait depuis des années, il remettait ses papiers pour le numéro à venir, le plus souvent un dossier spécial complet (écrits et images) sur un hommage à un auteur qu’il avait méticuleusement préparé, coordonné et corrigé. Il sortait sa liasse de documents d’un cabas que je l’ai presque toujours vu trainer et qui le fatiguait. Un cabas qui (outre le pain ou une bouteille d’eau) contenait également des livres, des revues, des journaux, catalogues et autres opuscules originaux de sa bibliothèque avec des signets aux multiples des pages à scanner par l’infographe pour le numéro…  Je regrette vraiment de n’avoir pas photographié cet illustre cabas pour mémoire qui, mieux qu’une valise, l’accompagnait dans diverses universités du pays et même en France, presque chaque année…




Ne déjeunant pas ensemble ce jour de poisson (comme dab), on se donna rendez vous pour l’après midi à la librairie Oméga (animée alors par le libraire-éditeur Sid Ali Sakhri) à l’Hotel Aurassi qui domine Alger du haut des Tagarins… C’est là que Hamid Nacer-Khodja (un peu plus d’un an avant sa disparition) devait présenter et dédicacer son dernier ouvrage « La profonde terre du verbe aimer », cosigné avec Marc Bonan aux éditions Lazhari Labter.








C’était stylo en main il y a donc 365 jours multipliés par 2 soit  730 jours et 8 saisons…




©Abderrahmane Djelfaoui, texte et photos

dimanche 4 juin 2017

Fenêtre, mon jardin






matin le raisin mûrit

sur sa treille à l’ombre de petits nuages

blancs

balancés feuilles

et rumeurs d’oiseaux

filant

lointaines voix de femmes

douce laine d’amour

pour leurs enfants






matin mûrit le raisin

ignorant l’infinitésimal monde

des fourmis sur la terre et même

cette plume grise de tourterelle tombée

là seule

sans air ni vent


ciment sous la treille






matin à ma fenêtre je vois mûrir

l’amour





matin le raisin mûrit

sur sa treille à l’ombre de petits nuages

blancs

balancés feuilles

et rumeurs d’oiseaux

filant

lointaines voix de femmes

douce laine d’amour

pour leurs enfants


matin mûrit le raisin

ignorant l’infinitésimal monde

des fourmis sur la terre et même

cette plume grise de tourterelle tombée

là seule

sans air ni vent

ciment sous la treille


matin à ma fenêtre je vois mûrir

doucement l’amour





©Abderrahmane Djelfaoui, poème et photos