jeudi 19 octobre 2017

« La découverte de l’Afrique ? C’est mon premier pas en Algérie avec papy Jacques ! »

Telle est l’exclamation de Caroline, 24 ans, biologiste, à la fin d’un séjour de moins d’une semaine qui se décompte en centaines de kilomètres sur l’autoroute est-ouest vers Mostaganem, puis retour sur Alger par la petite route passant par-dessus l’oued Cheliff à son embouchure, les villages et villes de Hadjaj, Sidi Abderrahmane, Ténes, Beni Haoua, Hajrat Enouss, enfin l’autoroute Cherchell-Alger au pied du Tombeau des rois de Maurétanie (salut par-dessus les millénaires à Juba II et Cléopatre Sélénée son épouse…) avant d’atteindre le centre de la capitale, rond point Addis Abéba…

Caroline, le lendemain de son arrivée à Alger


Les sœurs Delphine et Caroline avec leur grand père Jacques (88 ans) dans le centre d’Alger

Découverte d’Alger

« C’est très émouvant,  parce que ça fait des années qu’on insiste, moi notamment, pour demander à papy Jacques de me montrer où il a grandi et me faire visiter Alger comme il l’a connu pour partager et mettre une photographie sur ses souvenirs », dit Delphine qui travaille dans un bureau d’architecture à Paris.  Elle et sa sœur caroline sont les filles du fils de Jacques Fournier, Denis, et de leur mère camerounaise.
Et Delphine d’exprimer sa première impression : « Quand on a descendu l’avenue Didouche, hyper commerçante, j’avais l’impression d’être  à Marseille… Mais quel dommage ces trottoirs tout cassés ; on a tous failli tomber au moins une fois !..  Deuxième surprise, on s’était bien sur renseigné avant sur le voile, comment on s’habillait et ou était la norme ici; eh ben je n’ai pas été surprise de voir qu’il y a beaucoup de filles voilées ; j’en ai vu d’autres qui n’étaient pas du tout voilées et qui se baladaient sans qu’on les embête ; et je vois que les plus jeunes font très attention à comment elles s’habillent, coté esthétique, avec recherche… Vraiment, je trouve que les filles sont beaucoup mieux habillées que les garçons à Alger! »
« Autre chose, et je ne sais pas si c’est juste une impression ou une réalité : j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup moins de personnes dans la rue qui font la manche, la mendicité, qui vivent dehors, que j’en vois depuis cinq ans dans le quartier populaire de l’est de Paris où j’habite… »
Je réponds qu’Alger, comme d’autres grandes villes du pays, a aussi malheureusement ses innombrables mendiants, SDF et ses flux de migrants venus par milliers depuis le Niger et le Mali, entre autres…

Scène de rue du coté de la Fac centrale d’Alger



En route vers Mostaganem

L’ancien haut cadre de l’Etat et dirigeant de sociétés publiques françaises qu’a été Jacques Fournier, voulait montrer à ses deux petites filles le village où il avait vécu son enfance et adolescence jusqu’en 1947, date à laquelle il partit faire des études à Paris en Sciences Po et à l’ENA.
Pour visiter le village de Sidi Ali, (ex Cassaigne, du nom de l’aide de camp du général Pélissier), dans le Dahra, nous décidâmes de faire la route dans ma propre voiture en deux jours aller-retour avec une nuitée à Mostaganem. Quelques 800 kms de voyage …
Durant toute la route où nous avons échangé et croisé à quatre nos points de vues sur l’histoire contemporaine de l’Algérie (et parfois de la France) Jacques ne s’est jamais départi de sa carte routière d’Algérie (une carte Michelin, ainsi qu’un bon guide : un livre bien  illustré et détaillé). 


Ici sur l’aire de repos de Hmadna, en bordure de l’autoroute, 
à quelques dizaines de kilomètres à l’ouest de Chlef (ex El Asnam, ex Orléansville)


Delphine et Caroline assurant le service de la pause café avec le thermos que feu ma mère allah yerhamha avait ramenée à l’occasion de son pèlerinage à la Mecque et dans lequel ma fille, Yasmine, avait choisi de mettre le café chaud préparé très tôt matin pour notre longue traversée des terres intérieures d’Alger à Mostaganem…

Il y a douze ans, je me rappelle qu’au premier voyage de Jacques l’autoroute est-ouest  n’existait pas; nous étions passés dans le village de Oued Rhiou, ex Inkerman et nous avions visité sa petite gare où, à la fin de la seconde guerre mondiale Jacques ado venait prendre le train pour Oran où il était lycéen….


En 2005 à la gare d’Inkerman replongé dans ses souvenirs d’ado alors qu’il fut président du conseil d’administration de la SNCF de 1988 à 1994 …

Puis à quelques bornes de Hmadna, nous sortons de l’autoroute pour bifurquer vers la cote méditerranéenne encore lointaine dont nous sépare la petite ligne descendante des monts du Dahra…

Arrêt-bonheur aux abords de la riche plaine qui s’enfonce au loin jusqu’à l’ancienne cité de Mazouna

Arrivés début d’après midi à l’hôtel des Sablettes nous déposons nos affaires, faisons un brin rapide de toilettes puis nous, par la grande rocade qui contourne la ville,  à la rencontre des amis mostaganémois Abderrahmane Mostefa (cinéaste) et Mohammed Ould Mammar (musicien) qui doivent nous accompagner avec leur voiture jusqu’à Sidi Ali...

Jacques et Delphine en séance photo rapide au-dessus de la piscine de l’hôtel


Mohammed prenant de l’essence à la sortie est de Mostaganem ; une zone qui il y a une dizaine d’années n’était que foret et maquis face à la mer où sont érigées aujourd’hui de nouvelles cités résidentielles et de nouvelles universités avec leur gigantesque parc d’attraction et voies ferrées pour un tramway en construction…
Jacques lui-même qui est passé à plusieurs reprises par Mostaganem ces dix dernières années a du mal à la reconnaitre. Il me dira nettement : 
« On sent bien ici qu’on s’affirme en construisant »….


Montant vers le village de Hadjaj, le phare de Willis derrière nous en bord de falaise, la gendarmerie arrête la voiture de nos amis. Nous saurons après que l’infraction était une affaire de vignette non apposée sur le pare brise …
En les attendant, plus loin, nous descendons de voiture et entrons dans une vaste vigne dont on sent qu’elle attend avec impatience les premières pluies… Au fond à gauche, à peine visibles au dessus des tètes des filles : des chevaux en pâturage…

Puis c’est une halte improvisée au village de Hadjaj où à la terrasse d’un café nous prenons café et thé dans des verres et non des gobelets jetables. Après une belle discussion collective et ses flashs back, Jacques va nous faire une surprise. Il sort deux de ses livres de son sac : « L’Algérie retrouvée » et « Mohand Tazrout, la vie et l’œuvre d’un intellectuel algérien ».  Il déclare qu’il dédicacera le premier à un ami de Mostefa Abderrahmane, Nadir Kaid, chez qui nous nous rendrons le lendemain, et, le second, sur le champ à Mohammed Ould Mammar. Mostefa Abderrahmane avait déjà eu sa dédicace à Bosquet trois années auparavant à la ferme Edmée de Janson à Bosquet…


Heureuse improvisation sous le parasol d’un café de village du Dahra….




Sidi Ali, ex-Cassaigne …

Déjà en 2005…

JACQUES : « C’est la troisième fois que j’y viens, mais là c’est avec mes petites filles, c’est plus significatif en même temps. Je me dis… c’est peut être la dernière fois que j’y vais…
C’est vrai, ça m’a fait plaisir. La maison je l’ai vu il y a douze ans, nous étions ensemble toi et moi. On y est retourné ensemble il y a deux-trois ans ; des gens en sont sortis et nous ont invité à rentrer, moi j’ai alors refusé énergiquement parce que je les aurais embêté et je n’avais pas envie de recommencer. Mais cette fois ci revenant avec Delphine et Caroline, ça m’a fait beaucoup plaisir qu’on puisse à nouveau y accéder. »


Caroline et Delphine sur le perron de la maison d’enfance de leur grand père et où le père même de Jacques exerçait en tant que médecin de colonisation dans les années 1940, le seul sur prés d’une dizaine de circonscriptions à la ronde de cette partie nord des monts du Dahra…


Dans le jardin de grenadiers, de néfliers et citronniers, les Fournier et Mostefa Abderrahmane sont en discussion avec le petit fils, de dos, de l’occupant qui nous avait fait visiter la maison en 2005…
On voit en arrière fond à droite, la vieille maison et, en haut à gauche, une des deux maisons construite depuis 2005…
Sans nostalgie aucune Jacques constate :
« Le jardin a rétréci, il a rétréci, et ça rejoint ce qu’on disait à propos de la construction dans toute l’Algérie,  puisque le monsieur qui nous reçoit  est le petit fils du précédent occupant. Il a donc hérité de la maison qu’on a visitée, celle où j’habitais, mais il a maintenant flanqué cette maison de deux autres maisons, qui ne sont pas rien. Il y en a une qui existe juste au dessus. Il y en a une autre qu’il a fait pour ses enfants et qui est plus bas. Donc on sent bien qu’ici on s’affirme en construisant ! »

Du gout de la pomme à Paris à celui des grenades à Sidi Ali






©Abderrahmane Djelfaoui, texte et photos

(fin de la première partie.
Prochain article : retour de Hadjaj beach à Alger par la côte)





dimanche 1 octobre 2017

Destins nouveaux à l’ouest!...

Sidi Bel Abbes (ou Bel Abbés), entre monts du Tessala au nord et monts de Daya au sud, est un centre commercial et industriel moyen. C’est aussi un centre universitaire et artistique (puisqu’il dispose d’une Ecole des beaux arts) qui se trouve à 80 km au sud d'Oran et à quelques 430 kms à l’ouest de la capitale, sur l’autoroute est-ouest... 
Deux grands noms d’intellectuels  qui en sont issus me viennent  à l'esprit. Djilali Liabes, d'abord, sociologue et ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, puis ministre de l'éducation nationale sous le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali assassiné par le terrorisme islamiste en 1993 à Alger, y était né en 1948…Enfin le créateur de la célèbre bande dessinée Bouzid et Zina, Slim, lui aussi né en 1945 exactement à Sidi Benyoub, près de Sidi Bel Abbès.


Dans cette ville qui possède à proximité un grand lac d’attraction aux berges boisées, on sent vibrer une multitude de projets et d’ambitions. C’est là, dans le cadre d’une activité menée par des enseignants des beaux arts avec la participation du peintre Denis Martinez, au village de Tessala (à 16 kms de Bel Abbes), que j’avais rencontré il y a plusieurs mois les jeunes artistes Saliha Cherfi et Zineb Benamiche, aujourd’hui fières de leurs diplômes en Design et aménagement intérieur..

Zineb et Saliha


SALIHA

Vive malgré sa timidité rieuse, Saliha précise d’emblée :
« Nous faisons partie de la dixième promotion de l’Ecole des beaux arts de Sidi Bel Abbés. Moi je voulais faire design aménagement dés ma première année, ça me plaisait.
Pour ma quatrième année de fin d’études, j’ai projeté de faire un magasin de vêtements mixte, contrairement à ce qu’on connait chez nous. Mais on ne m’a pas comprise… Alors je me suis tournée vers la création d’un atelier design, ce qui exige de l’espace, avec pour objet central à réaliser un bureau de travail »…

Pour comprendre l’ambition de cette jeune personne il faut savoir qu’originaire de Sidi Bel Abbés, Saliha habite à environ 8 kms du centre ville. Chaque jour elle fait la navette matin et soir… Elle avait arrêté sa scolarité en seconde et continué à faire des cours par correspondance... 

Saliha face à sa peinture murale  au village de Tessala en avril 2017, deux mois avant sa soutenance de diplôme  à l’école des beaux arts de Sidi Bel Abbes
(photo Abderrahmane Djelfaoui)


Depuis son adolescence le dessin et le sport sont ce que Saliha aime le plus. Au lycée, elle avait déjà décroché bon nombre de récompenses en dessin. Elle se rappelle avec nostalgie qu’elle aimait courir, qu’elle courait d’ailleurs très bien, mais que les horaires tardifs pour le sport ne convenaient malheureusement pas pour satisfaire cette passion… Il ne lui restait qu’à s’orienter vers le dessin en s’inscrivant à la maison de jeunes de Sidi Bel Abbés…


Atelier designer réalisé par Saliha

Maquette de l’atelier design , vue de haut et…


 … son bureau 


« Dans mon esprit, poursuit Saliha, je voulais un bureau encore plus compliqué dans ses formes et ses volumes, mais j’ai simplifié les pyramides qui le composent… Mon inspiration pour le réaliser venait du diamant et ses facettes, ce qui est un peu compliqué… Je voulais ce défi de la difficulté dans un style contemporain et rare… »

Prototype avec ses tiroirs sur la droite

«  Je voulais aussi illuminer le dessus du bureau par une ouverture centrale qui permettrait de disposer une lampe spécialement conçue, mais cela aurait couté encore plus cher et je ne suis qu’une étudiante… En fait je n’ai pas trouvé toute l’aide nécessaire ; rien que pour la colle par exemple qui coute entre 300 et 700 DA il fallait que je l’achète moi-même… 
Pour ce projet j’ai terminé mes recherches et mes plans en février. On a cherché et trouvé un bon menuisier à qui j’ai donné les plans pour réaliser à Sidi Bel Abbes début mars. Il a travaillé lentement, parce qu’il n’avait pas que cette commande à livrer  ce qui m’a beaucoup gênée et inquiétée. En fait il ne m’a remis mon bureau qu’en juin, plus de trois mois après et au seuil de ma soutenance… Je n’avais plus le temps pour d’autres travaux. Pourtant ce menuisier est un bon artiste ; il fallait que je sois patiente…

Si j’avais eu une machine à l’école des beaux arts j’aurais réalisé ce travail de mes propres mains. Mon professeur voulait que je réalise ce projet en carton… moi je voulais absolument qu’il soit un vrai bureau et en bois. Je me suis dis : au moins il me restera.
Et ça n’a pas été facile dans la pratique pour rassembler tout l’argent nécessaire… Le bureau à lui seul a coûté 60 000 DA au final ! C’est ma famille qui m’a soutenue et aidée ; ma mère et ma sœur ont cru en moi… Pour des tas de matériaux, introuvables à Sidi Bel Abbes, j’ai du me déplacer plusieurs fois à Oran pour aller les acheter là bas, ce qui a généré des frais de transports supplémentaires durant toute cette période…. »




ZINEB


Zineb qui est apparemment moins expansive que sa camarade, semble plus cogiteuse…. : « Mon projet comme l'indique le titre de mon mémoire c'est l'intégration des symboles berbères dans un espace commercial ; le pourquoi de ce choix c’est simplement parce que les symboles berbère utilisés dans l'artisanat en général sont une sorte de langage spécialement féminin; les femmes utilisaient ces signes pour parler de leur vie de tous les jours, et c'était ma façon de leur rendre hommage… »



Je lui demande de m’expliquer comment elle voit ce rapport entre le langage des femmes berbères et le design, la modernité, le commerce….

« Le design comme vous le savez ne se résume pas à la création d'objet, c’est aussi l'aménagement d'intérieur ; en premier lieu mon projet est une bijouterie… Bien que n’ayant pas fait de la réalisation de bijoux que ce soit avec des matériaux nobles ou des matériaux de récupération, mon idée était de m'inspirer des symboles berbères pour créer un objet qui mettra en valeur les bijoux parce que cela est ancestralement féminin ; les femmes ce parent de bijoux depuis la nuit des temps….
Et bien sur pour placer l'objet en question il me fallait d'abord aménager le lieu où ce dernier va être utilisé »








« Comme vous le remarquez dans ces photos, l'intérieur imaginé pour cette bijouterie est inspiré des décorations des maisons kabyles traditionnelles»

Peinture murale réalisée par Zineb Benamiche au village de Tessala en avril 2017 
(photo Abderrahmane Djelfaoui)



Mais l’idée de Zineb d’intégrer les symboles berbères dans l’espace commercial de la bijouterie apparaît encore mieux dans l'objet qu’elle a choisi de créer et de disposer en intérieur de l’établissement comme support.



« Pour rester dans l'esprit du symbole, dit Zineb, j'ai utilisé comme forme initiale le losange. L'objet réalisé est un présentoir en forme de losange. Il forme un ensemble composé de 7 losanges. …. »






« L'objet central est plus grand que les autres, il est composé d'un losange et de 4 panneaux dont deux décorés en tifinagh avec le mot "MACHAHO" qui veut dire « il était une fois » et deux autres décorés avec le symbole de la déesse Tanit (une déesse carthaginoise, vénérée ensuite par les berbères, qui était la déesse de la fertilité protectrice des mères et de leur progéniture) ; le mot Tanit veut dire « la femme enceinte » et c'est là que la relation s'établie entre le losange symbole de la jeune fille, le symbole de Tanit et le mot utilisé en tifinagh. La femme n’est elle pas une jeune fille, puis une femme, puis une mère ? C’est ainsi tout simplement l'histoire d'une femme… 

Coté technique le présentoir est en bois multiple ; les panneaux de l'objet du milieu sont de 120 x 50 cm ; il est surplombé d'un mannequin paré de bijoux ; 4 autres objets sont de 100 x 30 cm, et les 2 restant sont de 90 x 30 cm.  Ils sont surplombés de boîtiers en verre ; j'ai opté pour ce jeu de niveaux afin de mettre les bijoux en valeur, de les exposer de façon spectaculaire».









Voila donc rapidement fait le tour d’un travail de mémoire de fin d’études de Saliha et Zineb, deux jeunes femmes presque ordinaires sous les latitudes de nos villes intérieures où elles font tous les efforts nécessaires (souvent même plus) pour imaginer, créer, ouvrir de nouvelles pistes et les proposer autour d’elles aux fins de les intégrer dans le quotidien en le rendant plus agréable, plus vivant et plus justement partagé…
Presque ordinaires, dis-je, puisque si Saliha est une passionnée de photographie, Zineb de son coté lit un peu de tout : Mouloud Feraoun, Shakespeare, Zola, Dan Brown, Taha Husein, les livres d'art bien sûr tout en avouant un gout particulier pour les polars de la romancière britannique Agatha Christie!

Toutes mes salutations et félicitations en souhaitant à Saliha et Zineb de trouver bien vite et avec le moins de peine possible le job à la mesure de leurs talents et de leurs ambitions.


Abderrabderrahmane Djelfaoui
(crédit photos : Saliha Cherfi et Zineb Benamiche)




vendredi 22 septembre 2017

Un vide grenier de beau septembre

Il est chez nous des mots qui parfois accrochent fort (l’oreille) sans qu’on sache vraiment (d’esprit) tout ce à quoi ils renvoient dans leur richesse réelle. Ainsi de ce « vide grenier » auquel j’ai été convié ce vendredi d’automne par des femmes bénévoles du service humanitaire Caritas à la Maison diocésaine du chemin d’Hydra sur les hauteurs d’Alger, et cela en marge de la préparation d’une première séance de ciné club à venir…


En arrivant assez tôt, je trouvais déjà tout les longs murs d’enceinte de la Maison diocésaine occupés par tous types de véhicules garés pare choc contre par choc sur des centaines de mètres ! Que dire alors du grand terrain intérieur de cette Maison ombragé d’arbres?...



En contrebas : l’allée centrale consacrée au vide grenier du jour était toute effervescence avec l’étonnement d’y découvrir une infinité de vieux objets, sortis de l’oubli et du passé, objets auxquels on n’aurait pas pensé si des mains aimantes ou attentives ne les avaient ramenés à la lumière du jour…






Cette activité (qui peut s’associer à l’idée d’une braderie ou d’une brocante à l’atmosphère familiale) est la première action de la rentrée sociale que Caritas organise chaque début d’automne depuis trois ans et qui permet avec les fonds générés par la vente des objets, les différentes locations d’espace et des petites tables ombragées où l’on peut se rafraichir d’une eau, d’un soda, d’un café, etc, d’aider à l’activité humanitaire de Dar el Ikram : un centre d’accueil pour les malades d’Alzheimer où active un groupe pluridisciplinaire de psychologues, de psychiatres, de médecins et d’orthophonistes à Alger. 





Au fil des petits stands on peut tout aussi bien trouver des objets de créativité contemporaine tels ces colliers, bagues ou surtout boucles d’oreilles finement réalisés à partir de matériaux de récupération par la jeune Rahma Kouchi. Ici un pendentif de verre taillé allié à des grains de café !..


Ouvrant l’année, ce vide grenier est l’une des activités de Caritas parmi d’autres pour générer des revenus: spectacles de chorale, projections de films pour enfants, ciné club, ateliers hebdomadaires payants de broderie, de peinture sur bois, sur verre ou de calligraphie où sont inscrites des femmes à la fois pour initiation, pour pouvoir se rencontrer entre elles et comme moyen thérapeutique. Enfin, un magasin permanent d’expo vente de produits artisanaux réalisés par des femmes dans des centres de Caritas (tel celui de la Casbah), par des femmes le plus souvent prises dans d’impérieux besoins pour soutenir leur vie familiale.


Dans ce magasin on trouve également des produits de femmes artisans d’autres régions d’Algérie : broderies ou « messloul » dit l’art d’ange de Médéa, ainsi que leurs réalisations de marques pages, de nappes, de portes clefs… Des chechs de couleurs vives avec franges, mais également des vestes et panchos brodés par des femmes de Timimoun… Des tapis des femmes de Ghardaia… Des descentes de lit et carpettes des femmes d’El Goléa… Des étoles de Touggourt et, même, -mais ces produits sont fait par quelques hommes réunis autour d’un père d’église : différents miels de la région de Timesguida…



Un support de liaison important à toute cette activité plurielle est la publication d’une revue bimestrielle socio culturelle d’une cinquantaine de pages intitulée HAYET, bilingue, avec un supplément intérieur détachable pour les enfants (coloriage, jeux, exercices d’écriture, etc)




Tel est en résumé mon tour d’horizon de ce beau vendredi matin du 22 septembre à la Maison diocésaine du Val d’Hydra où l’atmosphère était à la découverte et aux rencontres,  aux échanges d’amabilité et à la bonhomie solidaire, une atmosphère qui avait tout d’un air champêtre sous les grands pins de cette grande Maison où l’accueil est simple et sympathique.



©Abderrahmane Djelfaoui pour les texte et les photographies





jeudi 17 août 2017

Sidi Bel Abbès : une sculpture moderne d’il y a plusieurs millions d’années !..

Amira Amina Bouzar vient de décrocher à 24 ans son diplôme de l’Ecole des beaux arts de Sidi Bel Abbès en tant que Major de promotion. Son audacieux projet de fin d’études, inédit en Algérie, n’est rien moins que la sculpture d’une variante de dinosaure avec des matériaux de récupération …



Durant l’année 2017, en vue de la préparation de sa soutenance, Amira Amina Bouzar se documente et réalise une longue série de dessins et croquis de l’animal entier et particulièrement de sa tète avant de la réaliser en argile et de la mouler en plâtre.



Tête du tyrannosaure en plâtre peint en vert


Puis ce sera le dessin de base (celui de la structure) par lequel l’idée qui aurait pu apparaitre comme fantaisiste au premier abord va vite se transformer en une réelle sculpture contemporaine caoutchoutée et bien musclée !



Mais qu’est-ce qu’un Tyrannosaure Rex ?..


Pour résumer nos propres recherches sur internet, on peut dire que Le Tyrannosaure Rex (dont le nom signifie « le roi des lézards tyrans ») était un carnassier féroce de 13 mètres de long, haut de 4 mètres et d’un poids de plusieurs tonnes pouvant courir à une vitesse de 40 km/heure avec des mâchoires immenses aux longues dents dentelées pour déchiqueter la chair des herbivores tels les grands dinosaures….
Alors que les humains apparaissent il y a quelques 2 millions d’années à peine, ce « petit » monstre d’il y a 60 millions d’années qui chassait en Amérique du nord, en Afrique et en Australie (aujourd’hui l’un des dinosaures les plus représentés au cinéma depuis King Kong jusqu’à la série de Jurassic Parc) avait une espérance de vie de 28 ans environ estiment les scientifiques. C’est donc lui qu’Amira a choisi pour en faire son « modèle »…

Elle commença ainsi dés fin mai du ramadhan 2017 par la soudure des premiers éléments de la structure pour laquelle elle se fit accompagner d’un soudeur professionnel.




Puis vint le moment de découper et poncer les pneus de récupération à l’ébarbeuse. Une opération physiquement difficile (en plein ramadhan)  vu la forte composante en caoutchouc et en fils métalliques qui trament les pneus…


« Mon idée de départ, me dit Amira, était de relier les temps préhistoriques où il n'y avait pas d’humain (qui est un artiste par nature) et l'époque contemporaine où tous les moyens de l'art sont en principe disponibles…  Mon idée était d’apporter un mode de réalisation pour sculpter un dinosaure de façon artistique contemporaine au moyen de matériaux peu coûteux : des pneus auto usagés et récupérés…
Tout cela a pour sens qu’à l'époque actuelle au contraire de la période du Jurassique il y a plus de 60 millions d’années... il est possible et important d’utiliser un matériel peu coûteux.
Comme dit le diction : d’une pierre deux coups : d’une part j’ai créé une atmosphère instructive sur une ère où l’homme n’existait pas tout en attirant l’attention, d’autre part, sur le recyclage des matériaux industriels abandonnés de nos jours… »



En fait d’une pierre trois coups dirais-je, si l’on n’oublie pas que cette jeune femme travaillait de façon continue et créative de 8 heures à 16 heures tous les jours durant un mois de ramadhan particulièrement chaud… Une leçon de belle persévérance et d’intelligence dans le travail artistique manuel une trentaine de journées de carême durant !

Mais l’intérêt d’Amira ne s’arrête pas là puisqu’elle tient en substance à préciser l’absence totale de musées dédiés à la géologie ainsi qu’à à la faune et à la flore des âges géologiques en Algérie. Alors que nombreux sont les endroits où l’on trouve des traces de dinosaures comme dans l’atlas saharien, à Ain Essafra, Illizi et El Bayadh…
Cela sans parler de l’inexistence de films et documentaires qui contribueraient à la sensibilisation et l’enrichissement du niveau culturel et scientifique du public algérien….

La belle et audacieuse Amira, souriante, devant son chef d’oeuvre




Abderrahmane Djelfaoui
(crédit photos : Amira Amina Bouzar)